SPIRIT OF YAMAHA de Arman par Fly de Latour

7 Mai 2020

Photo Fly de Latour

SPIRIT of YAMAHA
Arman 1997
Sandwich combo d’un piano à queue découpé et de deux motos.

Un piano à queue campé sur ses trois pieds a été scié avec méticulosité et partagé en trois parties rigoureusement égales suivant deux plans perpendiculaires à celui du clavier.
La partition est remarquable quoique terriblement assassine.
Meurtre à la tronçonneuse.
Deux motos s’intercalent en guise de pansements à l’endroit des coupes franches pratiquées. Cautères sur un piano de bois ! À moins que cet ensemble ne soit un sandwich pour ogre pianophage à la dent dure. Un terrible carambolage a-t-il eu lieu entre les deux engins lancés à vive allure et le piano à l’arrêt dans lequel ils sont venus s’encastrer par l’arrière ?
Pansements. Greffes. Garnitures de sandwich. Accidentel emboîtement. L’imaginaire s’emballe.

Quelles que soient les hypothèses devant cet improbable et surréaliste assemblage l’accordeur plus que tout autre frémit emporté terrifié au-delà de ses pires cauchemars.

Autopsie : cylindre et couvercle du piano sont ouverts pour ne rien masquer du massacre.
Clavier et mécanique tronçonnés disloqués découragent toute velléité d’en sortir le moindre son.
Les motocyclettes sont en bon état apparent. Pneus neufs. Chromes brillants. Roues avant et guidons dépassent le clavier bloqués de part et d’autre de la place habituellement réservée au pianiste. Rescapé ?
Impossibles à enfourcher ni à désincarcérer les motos ne peuvent être remises en route. Prisonnières de l’instrument elles donnent encore au moribond l’illusion d’une vitalité perdue.
Mais ni double moteur ni quatre roues ne pourront faire avancer cet attelage contre nature.

Malgré le lourd silence pesant autour de l’œuvre elle impose mentalement aux regardeurs le vrombissement des motos et les éclats musicaux du piano. En une présence/absence sonore.
Le grand immobile qu’est le piano pénétré des deux mobiles que sont les motos reste figé en un mouvement interrompu. Silence/ sons. Immobilité/mobilité. Présence/absence. Dans ces juxtapositions contraires fleurissent de fertiles oxymores.

Selon sa technique Coupes/Accumulations Arman a crée une de ces œuvres hybrides dont les titres orientent la recherche de sens. « Spirit of Yamaha ». Le piano et les deux motos ici compactés pourraient sortir des usines de M. Yamaha. Aucune estampille ne le confirme mais l’inconscient collectif fonctionne.
En citant Yamaha Arman ne contribue-t’il pas à augmenter
leurs notoriétés réciproques ?

Fasciné par la mécanique et les mécaniques Arman a réussi dans cette œuvre un double et parfait anéantissement. On sait Arman radical dans son rapport aux pianos. Détruits à coup de hache. Explosé. Calcinés. Comme de nombreux artistes du mouvement Fluxus il a usé et abusé du piano dans un rapport amour/haine qui a ravi des générations et nourri des chapitres de l’histoire de l’art. Rien n’est encore dit sur son rapport aux grosses cylindrées…

Il se pourrait que cet inhabituel agencement siamois fasse école chez les designers et oblige pour le désigner à inventer un néologisme adéquat. Pianoto. Piamoto. Mopiatono. Ad libitum.

Torakusu Yamaha était lui aussi passionné de mécaniques et de rouages. Cela l’a conduit à créer ce qui est devenu la plus grande entreprise de fabrication de moteurs et de pianos au monde.
Si Yamaha avait un point commun avec Arman on le trouverait dans leur obstination à faire du piano autre chose et plus qu’un piano.

(L’histoire d’Arman est à retrouver sur ce site dans l’article « Chopin’s Waterloo » en date du 1 avril 2020.)

L’histoire de Torakusu Yamaha et de l’entreprise dont il est le fondateur est à suivre ci-dessous :

Torakusu Yamaha est né en 1851 dans le Japon féodal. Son père était astronome au service du clan Kishu Tokugawa.

En 1887 T. Yamaha s’installe à Hamamatsu comme mécanicien-réparateur de mécanismes d’horlogerie de matériel médical et de jouets. Passionné par la réparation d’un harmonium (de marque étrangère) il construit en quelques mois le premier harmonium de marque nippone.
Dix ans plus tard il fonde la NIPPON GAKKI Co Ltd.
Le symbole en est un phénix chinois tenant en son bec un diapason. Ici c’est le phénix qu’on laissera tomber. Deux diapasons s’ajoutent et les trois réunis (deux orientés vers le haut et celui du milieu vers le bas) symbolisent les trois ailes de l’entreprise (production marketing technologie) s’élevant vers le ciel pour conquérir le monde…
Dès 1900 l’entreprise fabrique des pianos droits. À partir de 1902 des pianos à queue.
La production s’élargit au mobilier d’intérieur et à d’autres instruments de musique.
Torakusu décède en 1916. Chiyomaru Amano lui succède.

De l’harmonium aux robots en passant par la moto…

Affaiblie l’entreprise a recours à Kaichi Kawakami qui en prend la direction en 1926.
1937 la guerre sino-japonaise oblige à fabriquer des hélices d’avion et des munitions. Kawakami expose les principes pouvant aider au redressement de l’économie : Discipline et coopération.
En 1950 malade Kaichi laisse sa place à son fils Genichi porteur d’idées nouvelles. L’application du savoir-faire acquis dans la fabrication des hélices à celle des moteurs aboutit en 1954 à la production de la première moto Yamaha l’Akatombo (libellule rouge).
Une nouvelle branche est crée la YAMAHA MOTOR Co Ltd.

En 1967 ouverture d’un parc de loisir consacré à la musique suivi en 1974 d’un autre parc destiné au sport (Yamaha produit des raquettes skis et clubs de golf) et à la musique.

La recherche est engagée dans les domaines de l’acoustique. Des nouvelles technologies. Des nouveaux matériaux. Les applications s’en suivent.

La pédagogie est autre axe important chez Yamaha.
En 1954 création des ÉCOLES de MUSIQUE YAMAHA appliquant des méthodes pédagogiques spécifiques.
En 1980 ouverture à Hamamatsu de l’école privée de formation de techniciens de piano la YAMAHA PIANO TECHNICAL ACADEMY. Et preuve supplémentaire de la considération que Yamaha porte aux accordeurs de pianos formés dans son Académie et de son exigence de qualité : création du cercle d’excellence de la corporation la YPTG/ YAMAHA PIANO TECHNICIAN GUILD.

L’électronique est un domaine privilégié de la recherche dans l’entreprise. Dès 1959 elle a été appliquée à l’orgue (Electone) puis au fil des ans à tous les domaines de la production.

En 1984 conception des premiers robots industriels.

La spécificité de Yamaha reste la musique.
Après les claviers viennent les cordes les cuivres les percussions.
Parallèlement aux instruments sont fabriqués les outils de diffusion d’amplification d’enregistrement et de reproduction du son. Toujours modernisés. Du phonographe au lecteur de CD. De la console de mixage au TENORI-ON. Du haut-parleur aux enceintes connectées.

Depuis 120 ans Yamaha a fait évoluer le piano. Du piano droit au Transacoustique les innovations surprennent et se succèdent à un rythme croissant.

Ce qui parait tout à fait intéressant tient en l’application d’innovations électroniques pour faire du piano AUTRE CHOSE QU’UN PIANO. Sans doute PLUS QU’UN PIANO.
En 1976 paraît le PIANO de scène ÉLECTROACOUSTIQUE. Dépourvu de table d’harmonie !
En 1982 le DISKLAVIER. Le piano qui peut jouer sans pianiste !
En 1983 le CLAVINOVA est le premier piano numérique au monde. Concurrent du piano ! Il est moins cher et surtout plus léger il est facile à transporter.
En 1993 les pianos peuvent se faire silencieux ! Ils sont équipés d’un système SILENT.
En 2015 le TRANSACOUSTIQUE. Piano hybride. Il cumule tous les possibles. Silent. Acoustique. Électronique.

Attentive à ses techniciens l’entreprise soutient aussi les musiciens. Les « artistes Yamaha ». Elle les associe à ses recherches acoustiques et techniques. Elle accompagne et organise concerts concours et festivals. YAMAHA aime ses techniciens. YAMAHA aime ses musiciens.

Depuis ses débuts l’entreprise multiplie les actions expansionnistes.
Ouvertures à travers le monde de filiales. D’écoles. D’ateliers de recherche. De centres d’activités artistiques. Rachats d’entreprises (2008 acquisition de la manufacture Bösendorfer).
D’inventions en innovations la production se diversifie. L’entreprise se développe suivant une courbe toujours ascendante. Elle s’adapte voire devance les progrès de la technologie tout en gardant la préoccupation d’être en conformité avec les normes environnementales.
Toutes les usines Yamaha peuvent se targuer d’être certifiées ISO 14001.

Née il y a 133 ans sous la triple étoile qui brillait au ciel d’un fils d’astronome l’entreprise est aujourd’hui l’un des plus grands fabricants de piano au monde.
Ainsi l’aurait voulu Torakusu Yamaha.

FLY de LATOUR ce 5 mai 2020 jour anniversaire de la Victoire des Mexicains sur les troupes napoléoniennes à Puebla en 1862.